Les acteurs du développement social: Émilie Dufour

Le RQDS a un mandat de soutien auprès de ses membres, soit les démarches régionales de développement social, qui interviennent pour améliorer les conditions de vie individuelles et collectives des citoyens. Et concrètement, qui sont les personnes derrière ces initiatives sociales, quelles sont leurs fiertés, leurs aspirations, de quoi rêvent-elles?

Un mot d’Émilie Dufour, conseillère en développement social pour la MRC de Charlevoix et co-coordonnatrice du développement social intégré de Charlevoix (DSI).


Mon cheminement dans le domaine du développement social

Mon cheminement dans le développement social est marqué par une pratique engagée qui s’appuie sur  la nécessité de mettre fin aux injustices socioéconomiques. Elle est fondée sur la croyance en la capacité des individus, des groupes et des collectivités à s’émanciper et à co-construire le changement souhaité, en déployant différentes stratégies. D’aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours intéressée aux processus et aux méthodes qui soutiennent la construction des solidarités entre les différents groupes sociaux. Depuis 2003, je pratique selon les principes de l’organisation communautaire.

Entre 2003 et 2012, j’ai travaillé aux AmiEs de la Terre de Québec (organisation écologiste) et à Mères et monde (Centre résidentiel et communautaire PAR et POUR jeunes mères). Ces années sont aussi marquées par mon engagement citoyen dans différents collectifs et le début d’une maîtrise en organisation communautaire.  Transformée par mon passage dans les mouvements de l’écologie sociale, de la défense de droits, de l’éducation populaire, de la conscientisation féministe et de la recherche-action participative, je suis revenue dans ma région natale en 2013 pour travailler à la mise en place de la démarche Développement social intégré (DSI) Charlevoix, qui regroupe actuellement une cinquantaine d’acteurs des milieux communautaire, municipal,  éducatif, de la santé, de l’emploi, de l’économie et de l’environnement. Je co-coordonne DSI Charlevoix et j’agis à titre de conseillère en développement social pour la MRC de Charlevoix.

Le projet dont je suis la plus fière

Quand je regarde derrière moi, plusieurs projets me rendent très fière! Ce qui est commun à ceux-ci, c’est l’importance accordée au maillage entre les différentes expertises, dont celles des premier.e.s concerné.e.s, pour avancer vers de réelles transformations.

Par exemple, je suis très fière d’avoir contribué à différents projets de recherches-action participatives (RAP)[1], devenus de puissants leviers pour l’intervention collective, en créant de réelles conditions de dialogue entre groupes d’acteurs. Ce type de recherche permet notamment aux  expert.e.s de vécu de faire valoir leurs savoirs, leurs expériences et leurs analyses afin de transformer les mentalités, les cadres de référence et les pratiques. La RAP permet aussi de « crédibiliser » des discours marginalisés et c’est un puissant outil pour déconstruire les préjugés.

Je suis aussi très fière d’avoir contribué à la mise en place d’un système de collaboration  ascendant (logique bottom-up), qui vise le développement durable et solidaire de Charlevoix. Le DSI a contribué à l’harmonisation des efforts entre les leaders politiques, institutionnels et communautaires du territoire, dans une visée d’équité. Actuellement, je prends plaisir à constater les résultats structurants de ce travail collaboratif, qui s’appuie sur la mise à contribution des différentes expertises, dont celle de la société civile.

Mon rêve pour le développement social

Je rêve d’un développement territorial intégré, où les parties prenantes s’organisent pour travailler de façon cohérente, dans une visée d’équité, en considérant les dimensions environnementale, sociale, économique et culturelle du développement des communautés territoriales.

Pour réussir à renverser les tendances préoccupantes qui affectent plusieurs régions rurales, comme l’augmentation des inégalités socio-économiques et le vieillissement de la population, je pense qu’on doit développer le réflexe de documenter les effets potentiels de certains projets sur la santé, la qualité de vie et les inégalités, afin d’en tirer des apprentissages qui pourront ensuite éclairer les décisions.

Émilie Dufour
Février 2019

[1] Partenariat Solidarité Familles Limoilou (PSFL, 2012); Vers une autonomie alimentaire pour touTEs: Agir et vivre ensemble le changement (VAATAVEC, 2014) ; Collectivités Amies des jeunes  (CADJ, 2016).

Un récit biographique à venir

Pour en connaître davantage sur le parcours d’intervenante collective d’Émilie Dufour, un récit biographique sera publié bientôt sur le site du Centre de recherche et de consultation en organisation communautaire (CRCOC). Ce projet vise à réunir 12 récits relatant l’expérience professionnelle de femmes et d’hommes engagés dans des pratiques d’intervention collective notoires au Québec.